Attaque contre le journal indépendant «Gândul», le plus grand journal d’opposition de Roumanie. Depuis plus de deux mois, Facebook a fermé la page du journal, qui comptait un million d’abonnés, et refuse de la rouvrir. Des millions de vues ont disparu du jour au lendemain

Publicat: 09 04. 2026, 15:25

La multinationale Meta, qui gère la plateforme Facebook, a fermé la page du journal « Gândul » le 22 février 2026, sans aucun avertissement ni explication claire. Du jour au lendemain, la page a disparu et le trafic de « Gândul » s’est effondré, une perte de 6 à 7 millions de vues quotidiennes et près de 200 millions de vues mensuelles sur Facebook et sur le site représente un préjudice (financier et de visibilité) immédiat considérable pour l’entité médiatique en question.

La page du journal sur les réseaux sociaux – d’ailleurs certifiée par Facebook par le «badge bleu» – comptait plus d’un million d’abonnés et générait chaque mois des centaines de millions de vues. Facebook limite de manière drastique le droit du public à s’informer sur la plateforme «Gândul».

En l’absence d’explications concernant cette restriction et considérant que le journal a suivi, de bonne foi, les règles déontologiques de la presse en vertu de l’information du public, nous considérons cette action de Facebook comme une atteinte à la liberté de la presse en général et à une publication indépendante en particulier, une violation des droits prévus par la Constitution et la loi roumaines, comme nous le montrerons plus loin.

Il est stupéfiant de voir comment une entité telle que Facebook peut, d’un simple clic, réduire à néant le travail de plusieurs années de journalistes. Nous assistons à un abus de la part d’une entité faisant partie d’une série de géants qui, bien qu’ils opèrent et perçoit des sommes de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros auprès des citoyens roumains, n’existent pratiquement pas en Roumanie, ne paient pas d’impôts à l’État roumain et ne rendent pas de comptes aux autorités. Les exemples sont nombreux, notamment des entreprises comme Uber qui bénéficient d’une protection et font une concurrence déloyale aux entrepreneurs roumains.

Toujours à propos de tout cela, nous y reviendrons en détail dans l’article suivant et, comme à notre habitude chez «Gândul», nous l’illustrerons par des documents et des chiffres.

Nous invitons par la présente toutes les autorités chargées de défendre les citoyens, la Constitution, les droits et les libertés, ainsi que celles qui ont un rôle de régulation dans le domaine de la libre concurrence, à se saisir d’office de cette action que nous considérons comme un abus de pouvoir : le Parlement roumain, le gouvernement roumain, l’Autorité nationale pour l’administration et la réglementation des communications (ANCOM), le Conseil de la concurrence, la Commission européenne par l’intermédiaire de la Direction générale de la concurrence, etc.

L’action de Facebook, sa position dominante sur le marché et le pouvoir d’en abuser en vertu de ce statut constituent une grave atteinte à la liberté d’expression et à la concurrence sur le marché libre.

La liberté d’expression, à la merci des algorithmes et des décisions opaques des plateformes en ligne

La restriction d’une extension du journal en ligne grâce à laquelle les articles de « Gândul » atteignaient plus d’un million d’utilisateurs signifie, implicitement, une restriction de la liberté de la presse et de la liberté d’expression.

Chez «Gândul», nous croyons profondément au rôle de la presse, qui doit critiquer le pouvoir, quelle que soit sa couleur politique, mais en s’appuyant sur des arguments, des preuves et des documents solides. Nous ne considérons pas comme une simple coïncidence la fermeture de la page Facebook du journal, qui est la publication d’opposition la plus influente de Roumanie, alors que, comme nous allons le montrer ci-après, «Gândul» a réglé à l’amiable tous les « problèmes» signalés par Facebook qui ont conduit à la fermeture de la page et qu’il n’y a aucune raison valable pour que celle-ci reste fermée.

La liberté d’expression est garantie par la Constitution à l’article 30:
(1) La libre communication des pensées, des opinions ou des convictions, ainsi que la liberté de toute forme de création, que ce soit par la parole, l’écriture, l’image, le son ou tout autre moyen de communication publique, sont inviolables.
(2) Toute forme de censure est interdite.
(3) La liberté de la presse implique également la liberté de créer des publications.
(4) Aucune publication ne peut être supprimée.
Nous estimons que l’action de Facebook est de nature à enfreindre au moins trois des quatre alinéas de l’article 30 de la Constitution roumaine, qui porte sur la liberté d’expression.

Facebook cause un préjudice majeur au journal par rapport à la concurrence

Facebook perturbe gravement la libre concurrence sur le marché des médias en Roumanie. Le journal « Gândul », ne pouvant plus diffuser ses articles sur Facebook via sa propre page, subit un préjudice majeur par rapport à la concurrence.
Nous ne sommes pas en mesure d’atteindre les lecteurs et les abonnés de « Gândul » sur la plateforme Facebook, alors que d’autres journaux avec lesquels nous sommes en concurrence bénéficient d’un accès illimité. Cela se traduit par des pertes financières que nos concurrents ne subissent pas. En conséquence, la capacité opérationnelle de l’entreprise diminue, tout comme sa capacité d’investissement, alors que les revenus d’autres entreprises ne sont pas affectés par Facebook.
Ainsi, en restreignant l’accès à la page, Facebook intervient directement et enfreint le principe de libre concurrence entre les entreprises, un droit et un pilier essentiel de la démocratie et du capitalisme.
Au-delà des simples principes, Facebook enfreint même la loi sur la concurrence n° 21/1996, art. 6 : «Il est interdit d’abuser d’une position dominante […] en recourant à des pratiques anticoncurrentielles qui ont pour objet ou peuvent avoir pour effet de restreindre, d’empêcher ou de fausser la concurrence.»

Un jour, une page comptant un million d’abonnés a été supprimée

Facebook continue de refuser de fournir une explication claire quant à la mesure prise et a invoqué la violation de droits d’auteur. Le conflit de droits d’auteur, par ailleurs inhérent à l’activité d’édition, a été résolu directement dans l’application avec les entreprises à l’origine de la plainte. Cependant, bien que toutes les demandes aient été résolues, Facebook continue de persécuter le journal «Gândul».
Nous présentons ci-dessous la chronologie des événements, ainsi que la correspondance avec Facebook :
La restriction a été appliquée au compte Facebook de « Gândul » le 22 février, entre 10 h et 12 h.
Dans le même temps, nous avons reçu une notification sur l’application indiquant que l’une de nos vidéos enfreignait les règles relatives à la propriété intellectuelle, mais le message que nous avons reçu lorsque nous avons essayé d’accéder à la page ne précisait pas la raison pour laquelle celle-ci avait été suspendue.
Nous avons immédiatement ouvert un ticket auprès de Meta, à la suite duquel nous avons reçu une réponse: Meta avait besoin de plus d’informations de notre part, informations que nous avons envoyées.
Nous avons également contacté l’entreprise qui a signalé ce contenu comme enfreignant les règles de propriété intellectuelle.
Par la suite, les plaintes relatives à la violation des droits de propriété intellectuelle ont été résolues, comme le montre la capture d’écran ci-dessous:


Comme on peut le voir sur la capture d’écran, celles-ci sont marquées «Clôturées», car elles ont été résolues à l’amiable.
De plus, comme le montre également la capture d’écran ci-dessous, Facebook affirme lui-même que nous n’avons enfreint aucune de ses «normes communautaires».

Par ailleurs, nous n’avons reçu aucune réponse de Facebook et, depuis 5 semaines, la page de « Gândul » ne peut plus publier de contenu.
Comment ont réagi les médias dans d’autres pays : 200 médias français ont poursuivi Meta en justice : «Pratiques illégales »
En avril 2025, pas moins de 200 médias français ont poursuivi Meta – la maison- mère de Facebook et d’Instagram – en justice. Cette action collective est considérée comme « historique ».
L’affaire est actuellement pendante devant le Tribunal de commerce de Paris.
Parmi ces entreprises plaignantes figurent des noms connus de la presse audiovisuelle et écrite française, tels que TF1, France Télévisions, Radio France ou Le Figaro.

La multinationale américaine Meta est accusée de « pratiques illégales » dans le domaine de la publicité.

La presse française reproche à Meta d’utiliser sa position dominante pour diffuser du contenu gratuitement, tout en bénéficiant, dans le même temps, de «publicité ciblée».
Pourtant, les créateurs de contenu ne sont pas rémunérés comme ils le devraient.

Les médias français à l’origine de cette action en justice réclament des dommages-intérêts pour l’utilisation non autorisée de leur contenu et pour concurrence déloyale.

Un «mécanisme» commercial controversé

Le mécontentement de la presse traditionnelle face au « mécanisme » commercial utilisé par les géants technologiques est profond et durable, et pas seulement en France, car des géants tels que Meta ou Google attirent d’importants budgets publicitaires en utilisant les actualités produites par les groupes de presse.
Parallèlement, Meta est accusée par les entreprises de médias françaises de collecter massivement les données personnelles des utilisateurs, sans les en informer ni demander leur consentement, ce qui équivaut à « une violation flagrante du règlement européen sur la protection des données (RGPD) ».
Ainsi, selon les entreprises plaignantes, Meta exploite toutes ces données recueillies et « propose ensuite des publicités ciblées ».
En fin de compte, Meta a réussi à capter « la majorité des investissements publicitaires, au détriment des médias ».

Liste des plaignants en France

• Chaînes de télévision et stations de radio privées et publiques – TF1, France Télévisions, Radio France, le groupe RMC BFM, Lagardière, qui détient notamment Europe 1 ;
• Quotidiens nationaux – Le Figaro, Libération ;
• Quotidiens régionaux – Ouest-France, Groupe Centre France, La Voix du Nord, La Dépêche du Midi;
• Magazines – les groupes CMI (propriétaire de Marianne) et Prisma, propriétaire de Voici ;
• La plateforme vidéo Dailymotion.

En matière de publicité numérique, Google et Meta engrangent plus de la moitié des recettes totales.

Facebook touche plus de 80 % des internautes du continent, et Google gère environ 90 % des recherches en ligne. L’Union européenne a infligé une amende de 200 millions d’euros à Meta
« Sans les pratiques déloyales de Meta, les médias français auraient reçu une part nettement plus importante des investissements en publicité numérique », ont fait valoir les avocats.
D’ailleurs, l’Union européenne a infligé une amende de 200 millions d’euros (227 millions de dollars) à Meta pour avoir enfreint les règles relatives à l’utilisation des données à caractère personnel sur Facebook et Instagram.

L’amende visait le système «payer pour la confidentialité » de Meta, qui oblige les utilisateurs à payer pour éviter la collecte de données ou à accepter de partager leurs données avec Facebook et Instagram pour continuer à utiliser gratuitement les plateformes.

Meta, accusée de «parasitisme économique»

En mars 2025, une autre procédure a été ouverte en France, devant le Tribunal de justice de Paris (TJP), contre Meta.

Plaignants :

Syndicat national de l’édition («SNE»)
Syndicat national des auteurs et des compositeurs («SNAC»)
Société des Gens de Lettres («SGDL»)

Meta est accusée de «violation du droit d’auteur et de parasitisme économique»

Il s’agit du premier procès majeur lié à l’intelligence artificielle, intenté en France contre une entreprise technologique pour l’utilisation présumée non autorisée d’œuvres protégées par le droit d’auteur afin d’entraîner un modèle d’intelligence artificielle générative.
Les plaignants affirment que Meta aurait utilisé illégalement des œuvres protégées par le droit d’auteur (à savoir des livres français) appartenant à ses membres (à savoir des auteurs et des éditeurs) sans autorisation pour entraîner le modèle d’intelligence artificielle générative « Llama » de Meta.

Les plaignants affirment que Meta est responsable de:
• Une violation du droit d’auteur, pour avoir prétendument enfreint les droits exclusifs des auteurs et éditeurs d’autoriser l’utilisation de leurs œuvres, en violation du Code de la propriété intellectuelle français.
• Du parasitisme économique, pour l’exploitation prétendument injustifiée des efforts ou des investissements des auteurs et des éditeurs, en violation du Code civil français.

En conclusion, les pratiques d’abus de pouvoir reprochées à Meta (Facebook) sont également documentées dans d’autres pays. Le fait qu’une entreprise privée, qui n’a pas de siège en Roumanie, ne paie pas d’impôts et ne soit pas soumise à la justice, puisse, d’un simple clic, porter atteinte aux droits fondamentaux des citoyens roumains, constitue une menace directe non seulement pour la liberté individuelle, mais aussi pour la démocratie d’un pays.